L'électrification est l'avantage concurrentiel du Canada dans la course vers la carboneutralité

par Richard Florizone et Susan McGeachie

À quelques années d'intervalle, l'Agence internationale de l'énergie (AIE) publie des examens des politiques énergétiques de ses pays membres. Jusqu'à la sortie de son analyse canadienne la semaine dernière, notre pays n'avait pas été examiné depuis 2016. On pourrait s'attendre à relativement peu de changement en seulement six ans, mais la lecture de ce nouveau rapport met en évidence un virage remarquable dans les priorités énergétiques du Canada.

Pourquoi ? À cause des changements climatiques.

Dans son rapport de 2016, le terme « carboneutralité » n'apparaît pas une seule fois, mais dans l'édition 2022, il y figure 180 fois. En un laps de temps étonnamment bref, la carboneutralité est partie de nulle part pour devenir la nouvelle normalité. Avec environ 90% de l'économie mondiale dorénavant concernée par un objectif de carboneutralité, il est clair qu'une priorité absolue — des salles du conseil des grandes entreprises jusqu'aux coulisses du pouvoir politique, au Canada et ailleurs dans le monde — consiste à lutter contre les changements climatiques dans l'ensemble des secteurs et des systèmes.

Un autre terme qui occupe aujourd'hui le devant de la scène est « l'électrification », qui est mentionné 47 fois dans le rapport de l'AIE, contre seulement trois fois en 2016 — et pour de bonnes raisons. Étude après étude, on constate que l'électrification propre — qui consiste à remplacer les carburants fossiles par de l'électricité de plus en plus neutre en carbone — représente le moyen le moins cher et le plus efficace de décarboner la majeure partie de l'économie.

Notre revue de nombreuses études et modélisations nous amène à estimer que la contribution de l'électricité pour répondre à la demande énergétique dans un Canada carboneutre devra doubler ou tripler, pour atteindre entre 40 et 70 % de parts de marché. Pour répondre à cette demande accrue, la production électrique canadienne devra également doubler ou tripler, et ce, en parallèle du défi supplémentaire auquel font face quelques provinces qui doivent décarboner leur production actuelle. Comme le précise l'AIE, « Par rapport à d'autres pays qui dépendent davantage des combustibles fossiles pour la production d'électricité, le réseau électrique principalement décarboné du Canada représente un avantage précoce favorisant une plus grande électrification d'autres secteurs dominés par les combustibles fossiles. »

Cet avantage concurrentiel est justement ce que le groupe de travail Électrifier le Canada, que nous coprésidons, cherche à mettre à profit et à développer. Composé principalement de dirigeants du monde des affaires, notre groupe de travail œuvre à développer un plan concret et exhaustif afin d'accélérer l'électrification de larges pans de l'économie canadienne. Pour y parvenir, il faudra mieux comprendre les obstacles à l'électrification et identifier des moyens innovants de les surmonter, autant grâce au leadership du monde des affaires que du secteur politique.

Puisqu'il est au-moins aussi complexe d'électrifier nos bâtiments, nos véhicules et nos industries que d'accroître notre production d'électricité propre, l'AIE recommande l'élaboration d'une Stratégie nationale d'électrification. Une telle stratégie propose des orientations à l'attention des provinces et des territoires et souligne l'importance de renforcer l'intégration et la coordination des réseaux électriques. Nous avons déjà lancé des recherches qui pourraient contribuer à guider ces efforts, en saisissant des opportunités précises permettant d'accroître la production d'électricité propre afin que les entreprises canadiennes s'en servent à la place des combustibles fossiles.

En présentant le rapport, Fatih Birol, Directeur exécutif de l'AIE, a attiré l'attention sur le fait que « La richesse en électricité propre du Canada et son esprit d'innovation peuvent stimuler une transformation sûre et abordable de son système énergétique et l'aider à atteindre ses objectifs ambitieux. » Il ne fait aucun doute, en effet, que l'objectif du Canada d'atteindre la carboneutralité d'ici le milieu du siècle présente un défi de taille, mais il s'agit aussi d'une opportunité, et notre avantage concurrentiel en matière d'électricité propre peut nous aider à y parvenir.

Richard Florizone est PDG de l'Institut international du développement durable (IISD). Susan McGeachie est directrice de l'Institut pour le climat de BMO. Ils sont co-présidents du groupe de travail Électrifier le Canada.